Meet
L’hospitalité peut aider
le monde à aller mieux,
il en est persuadé.
Ce serial entrepreneur iconoclaste et philanthrope met désormais son énergie au service de la régénération. Une approche du voyage révolutionnaire, résolument ancrée dans son époque.
“Arrête d'étaler ta valeur.”
Qu’est-ce qui a forgé ton propre chemin ?
On construit souvent un parcours en suivant une direction. J’ai fait tout l’inverse en imaginant plutôt ma vie comme un puzzle dont on poserait les pièces au fil du temps. Le théâtre et la mise en scène d’abord, la Pâtisserie des Rêves ensuite, puis l’événementiel et l’hospitalité.
Chaque étape a été dictée par la créativité, l’intelligence émotionnelle et les rencontres.
Seule l’hôtellerie a été la conséquence d’une frustration : celle de ne pas trouver d’endroit où être bien accueilli quand je voyageais avec mes enfants.
En quoi crois-tu ?
Au pouvoir de la beauté et de la poésie. Récemment, j’ai découvert un type sur internet
qui filme en ultra slow motion des explosions d’eau. C’est fascinant. Si tu exerces ton œil à la beauté, il la repère plus facilement, même dans les détails. Je crois aussi à la générosité, une valeur qui a totalement été oubliée dans l’hôtellerie. Chaque jour, je m’applique à réenchanter mon métier autour de ces idées.
Quelle conviction as-tu abandonnée en cours de route ?
La représentation qui se joue dans nos sociétés. Même les vacances sont devenues un enjeu pour montrer ce que l’on vaut socialement, au lieu d’être un simple temps de plaisir et de déconnexion ! Je pense que nous sommes en train de nous tromper de voie dans tous les domaines. Dans l’hospitalité, par exemple, on crée beaucoup de dépendance avec les communautés alors qu’on devrait accélérer leur autonomie. Avant chacun de mes projets 700’000 heures Impact, je demande aux locaux s’ils ont besoin de nous. Si c’est le cas, on travaille à rendre le territoire dans un meilleur état qu’on l’a trouvé. Si non, on va ailleurs.
“Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.”
As-tu des astuces pour te simplifier la vie ?
J’ai plutôt tendance à procrastiner et à laisser les choses que je n’ai pas envie de faire sur une liste. Récemment, j’ai pris une grande décision non pas pour simplifier ma vie, mais pour l’élever : à compter de mes 60 ans (en février 2025), je n’allume plus mon téléphone et je ne travaille plus le matin. Savoir que je peux faire l’école buissonnière, lire un livre, aller au cinéma et faire toutes ces choses qui me font du bien est mon luxe ultime.
Sur quel sujet as-tu changé d’avis ?
Je suis revenu plusieurs fois sur des idées en m’excusant de les avoir défendues avec autant de véhémence. Récemment, nous étions au restaurant avec ma fille et au moment du dessert, elle a commandé un café gourmand. Instinctivement, j’ai réagi en disant
« c’est nase un café gourmand ». Du coup, elle n’a rien pris et je me suis senti nul.
Cela m’a rappelé l’importance de respecter les plaisirs des autres sans donner des avis non sollicités.
Qui renverse les codes à tes yeux ?
J’ai une galaxie d’artistes, de chefs et de créatifs qui me donnent à réfléchir par leurs modes de vie ou par leurs propos. Passer du temps avec Perla Servan Schreiber est extrêmement inspirant, car elle remet constamment ces idées en question. Fany Péchiodat l’est aussi, par la méthodologie qu’elle a de structurer les choses… et par son culot. On s’est rencontrés dans
un dîner chiant à mourir. À un moment, elle a demandé où étaient les toilettes et elle est partie. J’ai rêvé de le faire 100 fois, sans jamais oser.
Quelle serait ta vision d’une vie pleinement épanouie ?
Cela sonne un peu comme une brève de comptoir, mais je dirais d’être ancré dans le présent. Ne pas vivre dans le passé ni courir vers le futur. Savoir profiter de chaque minute. Ce n’est pas un hasard si j’ai appelé mon entreprise 700’000 heures. C’est le temps moyen que nous avons à vivre en tant qu’humains et c’est une bonne façon de nous rappeler que nous n’avons pas le luxe de nous perdre dans des choses qui n’en valent pas la peine.
Un mot pour un « non-believer » ?
Que les conseilleurs ne sont pas les payeurs. C’est bien d’écouter les conseils, mais c’est encore mieux d’être attentif à son instinct. S’inspirer des enfants qui se posent toujours des questions très simples pour essayer de comprendre pourquoi on fait les choses. Les opportunités dans la vie brouillent souvent les pistes ; les vrais choix sont rares et donc précieux.
Retrouvez Thierry Teyssier sur Instagram, à Dar Ahlam ou dans l’une des destinations 700,000 Heures.


